Michel  MAGEROTTE   

                              1/48

 

Le Fleuron  vaisseau de 3ème rang

 

Constructeurs des vaisseaux du Roi : Joseph et Blaise Ollivier, père et fils.

Blaise Ollivier est le troisième représentant d’une lignée de maîtres charpentiers et constructeurs ; en effet, son grand-père et son père étaient originaires du sud et ont travaillé à l’arsenal de Toulon. Joseph Ollivier et son fils Blaise y ont hérité des pratiques des Coulomb. Dès son plus jeune âge, Blaise est destiné à une carrière de constructeur au service du Roi. À cette fin, il bénéficiera d’une instruction qui lui ouvre la voie à la géométrie et à la mécanique, sa famille lui ayant transmis une expérience accumulée au fil du temps.

C’est dans ce contexte qu’en 1720, Joseph Ollivier est envoyé avec sa famille à l’arsenal de Rochefort pour terminer la construction de deux  vaisseaux mis en chantier par Pierre Masson qui vient de décéder… Blaise, alors âgé de 19 ans, seconde son père. Après le lancement réussi des deux vaisseaux  Le St Philippe de 74 et Le St Louis de 62 canons, Blaise sera nommé sous-constructeur. De 1722 à 1724, Joseph Ollivier entreprend la construction de La Néréide, frégate de 1er ordre. Blaise part en Languedoc prospecter les forêts pour le compte de la marine et
aide ensuite son père sur le chantier de la Néréide, il signe un plan en coupe montrant toute la charpente intérieure de cette frégate. Après le lancement réussi de la Néréide, Joseph Ollivier est nommé maître constructeur et rejoint avec son fils l’arsenal de Brest en qualité de premier maître constructeur pour remplacer Geslain Père.

En 1725, Blaise Ollivier effectue le relevé des formes du vaisseau Le Lys de 68 canons avant sa reconstruction,
conçu en 1706 par le constructeur de renom Blaise Pangalo. Son père effectue le relevé avant démolition du Royal Louis de 1692 construit à Toulon par François Coulomb. En 1727, ils mettent en chantier la frégate légère L’Astrée armée de 30 canons. La même année, Blaise Ollivier embarque à Brest sur L’Achille, vaisseau de 62 canons construit également par B. Pangalo, afin d’en étudier le comportement à la mer. Au terme  de cette campagne de 6 mois qui se termina à Toulon, Blaise rédigea un mémoire intitulé « Observation sur la Construction ».

Peu après, un vaisseau de ligne de 64 canons percé à 12 sabords à la première batterie nommé Le Fleuron  est commandé aux Ollivier père et fils par  Maurepas, Secrétaire d'État à la marine. Il sera mis à l'eau un an plus tard, le 30 avril 1730. Le relevé du Lys et les observations faites sur L'Achille auront certainement contribué à sa réussite.

 

 

 

 
 


Vue d'ensemble du modèle montrant la disposition de la voilure en ''panne'' pour lui permettre l'embarquement ou à l'inverse le débarquement du canot et de la chaloupe.

 

 

 



Pages annexes.




La Charpente





La cale





Les entreponts





La Dunette





La chaloupe

 

 Le vaisseau en quelques chiffres.

 

Dimensions principales:

Longueur : 146 Pi 3 Po 
Largeur :     39 Pi  4 Po       
Creux :        18 Pi 2 Po  
 

Artillerie: 26 canons de 24 £ à la 1ère batterie
26 canons de 12 £ à la 2ème batterie
  2 canons de 6 £ sur le gaillard d’avant
  
4 canons de 6 £ sur le gaillard d’arrière
         
Equipage:    Etat major :            15 officiers

   Equipage :             450 hommes
                                40 mousses
     

        

Un modèle d’arsenal, les choix dans la construction du Fleuron.

Lorsque j’ai décidé d'entreprendre la  construction du vaisseau de 3ème rang ˝ Le Fleuron ˶ issu de la monographie de Gérard Delacroix, tout était fait pour me séduire dans ce bâtiment. Il était en effet le représentant d’une époque de transition où se mêlaient les modernités et les archaïsmes. De plus, le vaigrage oblique du Sieur Gobert et le décor remarquablement équilibré de Charles-Philippe Caffiéri m’intéressaient tout particulièrement.
De prime abord, j’ai pensé à la présentation ; comme je voulais présenter le modèle dans son entièreté, l’échelle du 1/48ème me paraissait raisonnable. De plus, comme je souhaitais réaliser le gréement mais aussi la voilure et en même temps montrer la charpente et les emménagements intérieurs de la cale, il fallait trouver une composition pour que rien ne choque à la vue. J’ai d’abord écarté l’option de représentation en bois naturel, car si le décor peut être absolument remarquable à l’échelle 1/36ème, il n’est pas suffisamment mis en valeur au 1/48ème surtout pour un vaisseau sous voile. J’ai écarté également la présentation du modèle entièrement peint, parce que cela demande un doigté peu commun si l’on souhaite présenter un modèle réaliste, et d’autre part je ne désirais pas voir le cloutage et chevillage disparaître sous la peinture. Je me suis donc décidé pour une présentation mixte dans laquelle tout serait représenté d’une façon harmonieuse.
La charpente ainsi que la tonnellerie resteraient en bois naturel, protégé par une lasure satinée transparente quant aux 86 canons de rebut constituant le lest en fer, ils présenteraient les rouillures omniprésentes dans la touffeur et l’humidité du fond de cale.
L’intérieur des batteries et des pavois serait ocre rouge, le rouge de la palette Boudriot, cependant pâli pour respecter la réduction d’échelle. La ˝sainte Barbe˶ et les logements peints dans leurs teintes respectives également ˝amorties˶ pour la même raison et pour l’agrément du regard ; la mâture représentée selon les teintes de l’époque.
Pour ce qui est de l’aspect extérieur du vaisseau, j’avais en main un document que m’avait fourni Jean-Claude Lemineur que je remercie ici, et qui était un extrait des états des dépenses pour la construction des vaisseaux, ceux-ci couvrant la période 1740-1750, donc très proche chronologiquement de l’époque du ˝Fleuron˶.
Il est frappant de constater l’absence de pigments bleus dans la dotation des vaisseaux du 3ème rang. En raison du prix élevé de cette teinte, on comprend que le bleu soit souvent mélangé à du noir de fumée dont le prix est de 6 livres 8 sols la livre et que le rouge beaucoup moins coûteux ai pris le pas sur le bleu, surtout compte tenu des finances délabrées de la France après le règne de Louis XIV. C’est la raison pour laquelle j’ai peint les hauts de la coque en rouge.
J’ai préféré laisser la ligne des batteries et les bordages entre les préceintes en bois naturel plutôt qu’en ocre jaune pour montrer le cloutage et parce que cela se mariait plutôt bien avec le reste.
Le corroi blanc de la carène est représenté par un blanc assez cassé, toujours par soucis d’harmonie avec le reste de la coque ; même chose pour le noir des préceintes qui est éteint avec du gris foncé.
Pour ce qui est du décor  de Charles-Phillipe Caffiéri, il est mis en valeur par du rouge vermillon et du jaune de Naples selon les quantités indiquées pour les vaisseaux du 3ème rang 2ème ordre. Est également indiquée l’attribution de 36 livres de vermillon, cette peinture assez fine consomme plus ou moins 1 kg pour 4 m² en trois couches ; cette dotation devrait permettre de couvrir 684 pieds carrés, soit 72 m² sans compter l’huile de noix, il semble que cette quantité soit suffisante pour couvrir le fond du décor et les bouteilles. La fourniture indiquée de 3000 feuilles d’or est suffisante pour couvrir la figure de proue et les armes du Roi. Son coût semble moins important que ce que l’on pourrait croire : 60 livres le millier, soit 18 livres au m² contre 4 livres au m² pour la peinture ocre rouge.

 

Michel Magerotte

 

 

               

 

© Amarsenal.be 2003-2009