Roberto Antollovich    

1/36

 

L’Aurore   Corvette 1766 - 1775  

 

                   Introduction                          

                            



 


 


Aperçu historique :

Ce modèle de corvette se démarque des méthodes traditionnelles par sa conception et sa construction. Il constitue en effet un témoignage unique de l’architecture navale civile du XVIII siècle pour laquelle les documents et les reproductions sont si rares… 

Au départ, il y a eu un beau projet scientifique initié par le Marquis de Courtanvaux*1, membre de l’Académie des Sciences ; le but était l’organisation d’une croisière afin d’expérimenter des montres marines destinées à déterminer la longitude. Pour ce faire, il fallait un bâtiment adapté à cette mission particulière. Le choix se portera sur une corvette spécialement conçue pour ce genre de mission.
La conception du bâtiment est confiée à Nicolas Ozanne
, ingénieur géographe de la marine, mais également excellent illustrateur.  La construction débutera en 1766 au Havre sous l’autorité du constructeur Jean-Philippe Bonvoisin, la mise à l’eau et l’armement du navire en mai 1767 sont illustrés par deux lavis de N. Ozanne.

 

 

Cette illustration, extraite de l’un des deux albums de Nicolas Ozanne, montre notre corvette l’Aurore en 1767 lors du second essai de mise à l’eau*2, le premier lancement ayant été manqué. on peut remarquer en effet que le bâtiment demeure bloqué sur la pente et que cette fois, tout le personnel a été mobilisé pour lui donner l’impulsion nécessaire, à grand renfort d’engins et de palans…

On peut également apercevoir de gros massifs de bois crantés et cloués à l’arrière sur l’étambot pour recevoir  les liures qui enserrent les montants de l’arrière du berceau. Les liures en question sont munies de caliornes sur chaque bord. Un ouvrier donne des coups de masse sur l’arc-boutant pressé contre l’étambot afin d’ébranler le navire.

Enfin, à hauteur de la ligne de flottaison, un gros grelin fait office de ceinture reliée à un ponton muni d’une roue actionnée par des forçats (en arrière-plan à gauche de l’image).

Tout ce dispositif permettra finalement le bon déroulement du lancement à la mer.

 

 

Cette autre illustration provient du même recueil et montre une forte frégate, lors de son armement final.

En effet, lors de sa mise à l’eau, le navire est en général inachevé et pour être en état de naviguer, il faut encore mâter et gréer, lester et l’équiper ( ou « armer ») en vue de son périple.

À bâbord, on remarque un chaland qui apporte les ancres et se prépare à les mettre à poste à l’aide de l’appareil de levage embarqué à son bord.

À tribord, plusieurs petites embarcations se pressent autour du bâtiment afin de l’approvisionner en vivres et en eau ; des palans sont frappés en bout de vergue du bâtiment principal afin de hisser tout ce matériel à bord…Non sans précaution pour la coque car on peut distinguer une sorte de grande natte qui a été déroulée sur la muraille afin de faciliter le trajet des futailles tout en faisant office de défense.

On a également garni la flottaison de gros cordages afin d’amortir les chocs entre les embarcations qui ne manquent pas de se produire au cours de ces abordages.

 

Conçue comme un véritable petit navire de plaisance, son décor est très recherché et les emménagements offrent un cadre raffiné sinon luxueux aux passagers scientifiques.
Traditionnellement la partie arrière du pont est réservée au logement de l'Etat-major, dans le cas spécifique de la campagne de l'Aurore, une touche de grand luxe à été ajoutée pour agrémenter la mission scientifique. La partie avant est occupée par les deux cuisines séparées par une cloison, ceci pour empêcher les bonnes odeurs des différentes préparations effectuées à bord de se mélanger.

 

L’expédition a débuté le 21 mai au départ du Havre, en passant par la mer Nord et de la Zuyderzee, elle s’est achevée à Amsterdam le 28 août 1767.
La première des ces montres marines existe encore aujourd’hui, elle fait partie des collections du Conservatoire Nationale des Arts et Métiers à Paris.
Cette corvette sera vendue et incorporée dans la Marine du Roy en 1769 et renommée « Petite Aurore » elle sera stationnée à Brest puis sera rayée des listes en 1775.

*1  Charles François Caesar Le Tellier de Louvois Marquis de Courtanvaux
*2  A noter, le lancement se fait suivant l’usage de Toulon, la proue en avant.

 

Le Modèle :

A l’issue de la croisière, et pour commémorer l’événement scientifique, un modèle de l’Aurore est réalisé au Havre entre 1767 et 1769, Il est conservé à la bibliothèque Ste Geneviève à Paris. Ce modèle a été exécuté par des hommes de métier ayant participé au voyage, ceci lui donne une valeur d’authenticité absolue pour décrire et analyser ce bâtiment.
Le modèle, divers manuscrits conservés à la bibliothèque, l’inventaire de la corvette et le journal de son voyage ont permis à Gérard Delacroix de compléter et rédiger une monographie inédite d’un navire construit dans un chantier civile.

 

Caractéristiques :

Longueur de l’étrave à l’étambot : 66 Pieds
Largeur au Maître couple hors bordage : 18 Pieds
Creux au Maître couple : 8 Pieds 4 pouces

Déplacement : 130 tx
Armement : 6 canons en fonte calibre 2 livres

Equipage : 24 hommes, 11 passagers et 8 domestiques
Commandant : Mathieu Chopin, Maître

 

 

               

 

© Amarsenal.be 2003-2008