Historique

 

La renaissance du Modélisme d’Arsenal

 

Le renouveau du Modélisme d’Arsenal est dû aux travaux effectués par Jean Boudriot, initialement passionné d’armes anciennes. Il s’intéresse à l’artillerie de mer, ceci l’a entraîné dans l’étude de la plate-forme véhiculant cette artillerie. Son travail est basé uniquement sur des documents de première main, traités d'époque et de modèles anciens n'ayant pas subits de restauration.

Le Vaisseau de 74 canons est né. Jean Boudriot nous a émerveillé avec ce traité de construction.
La redécouverte de cette charpente et sa représentation graphique sous forme de plans,  mais surtout de dessins de perspectives permettant de mieux comprendre cette construction a permis un retour aux sources.

Par la suite des monographies spécifiques à chaque type de navire s'ajouteront à cet ouvrage de base.
A ce jour cette collection couvre pratiquement toutes les classes de navires en service durant cette période.

 

 

 

Modèle de vaisseau de 74 canons se trouvant exposé au Musée de la Marine de Rochefort.

Ce vaisseau installé sur son chantier de construction est à la base du travail de Jean Boudriot, il donne un aperçu de la charpente d'un tel ouvrage. Côté bâbord les couples de levée sont en place, à ce stade les lisses de constructions solidarisent entre eux les différents éléments de la coque et les accores soutiennent la charpente. La structure du tableau arrière est bien visible, les montants de poupe sont maintenant coupés à hauteur du gaillard, cette innovation découle des critiques faites aux galeries établies en porte-à-faux, soutenues seulement par des courbes. Cet artifice fait en sorte que le balcon est maintenant de moitié en retrait par rapport au tableau, il repose ainsi partiellement à l’intérieur sur le plancher du gaillard. L’espace de la chambre de conseil ne souffre pas de cette nouvelle formule puisque la longueur du vaisseau est maintenant portée à 172 Pi.

     

Cette structure de la poupe avec les montants de tableau coupés à hauteur du gaillard, correspond au retrait de la galerie tel qu’on peut l’observer sur les différents plans de 74 canons de N. Sané. Le premier étant l’Annibal construit en 1779 suivi en 1780 du Northumberland. L’introduction du plan type Sané-Borda en 1782 verra la construction dans les différents arsenaux des six premières unités.

Ce changement de concept de la galerie peut également s'observer sur les projets de décor, en mettant en parallèle celui du Centaure*13 construit à Toulon en 1782 avec celui du Superbe*14 construit la même année à Brest.

Cette formule de vaisseau de 74 canons à été reprise par Vial du Clairbois comme sujet principal pour la rédaction de son Traité élémentaire de la construction des bâtiments de mer q’il a publié en 1787 et dont on retrouve certains éléments dans l’encyclopédie méthodique marine dont il est également le coordinateur.

*13 - Projet de décor du Centaure par Gibert  Réf: MM 7072, 7073 et 7074
*14- Projet de décor du Superbe par  Lubet  Réf: MM 7424, 7425 et 7426

 

 

 

Cette vue de la poupe montre le côté bâbord de ce modèle.
Toutes les lisses de construction sont encore en place, trois rangs d'accores étançonnent la carcasse sur le chantier de construction.

Le boisage entre l'étrave et le couple de coltis à posé de tout temps des problèmes de résistance et de durabilité.

Ce modèle de démonstration présente la réalisation des allonges d'écubiers suivant deux méthodes différents.

Ce système propose la diminution du nombre des allonges d'écubiers*15. Depuis l'étrave on voit  en premier la languette et l'apôtre suivis par quatre allonges dans lesquelles seront percés les écubiers.  On peut  remarquer que la partie basse des allonges est dépourvue de mailles servant à l'aération de la charpente, en partie haute les allonges sont jointives pour le percement des écubiers.
Deux couples dévoyés ferment ensuite l'espace restant jusqu'au couple de coltis.

Le côté tribord correspond à la présentation que Jean Boudriot a choisi pour boiser son vaisseau de 74 canons et dont il donne tous les détails dans le volume I traitant de la charpente.

 

 

 

  *15 - Ce boisage est à comparer avec la planche 11, fig. 33 à 36 se trouvant dans le Traité élémentaire de la construction des
          bâtiments de mer
  de Vial du Clairbois.
 

 

 

 

Les Amis du Modèle d'Arsenal

 

 

 

 

La vulgarisation d’un savoir longuement confiné dans les réserves des dépôts d’archives, par la publication d’ouvrages parfaitement documentés, comme « Le 74 canons » de Jean Boudriot, ouvrage de référence par excellence, a eu pour conséquence d’entraîner les amateurs de marine ancienne et notamment les modélistes, vers des niveaux d’excellence que seuls des professionnels pouvaient atteindre auparavant. Ces amateurs rompant avec l’abord ludique de ces activités de loisirs et s’engageant dans des voies plus recherchées se font rarement connaître. Leurs travaux restent trop souvent confidentiels, par crainte d’être mal jugés par un entourage insuffisamment éclairé.


Les progrès ont été tels en une dizaine d’années que le besoin de regrouper ces personnes isolées, afin qu’elles trouvent les moyens de donner pleine mesure à leur passion en s’enrichissant l’une et l’autre de leurs acquis personnels, s’est progressivement imposé. Prenant l’initiative, Jean-Claude Lemineur, qui dans le sillage de Jean Boudriot, est l’auteur de plusieurs ouvrages consacré à la Marine de Louis XIV, s’est entouré de 3 modélistes de renom, Arthur Molle, Maurice Lava et André Gester, pour lancer le mouvement et créer " l’Association des Amis du Modèle d’Arsenal " dès juillet 1986, avec le soutien de la société Ancre et l’appui de Jean Boudriot.
 

Cette association destinée à favoriser les liens de sympathie entre amis, amateurs de beaux modèles de navires anciens tels que ceux construits dans les arsenaux de marine d’antan, s’est rapidement fait connaître en France mais aussi en de nombreux pays d’Europe comme l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Italie et l’Espagne. Après quelques années de gloire, l’avancée en âge d’Arthur Molle, la défection d’André Gester, le décès de Maurice Lava et le retrait progressif de Jean-Claude Lemineur, trop accaparé par ses travaux d’écriture, sont à la base d’un important déclin, avant qu’un renouveau s’installe avec l’adhésion de nouveaux membres autant compétents que dynamiques.

 

     


A gauche, la poupe du Boullongne, vaisseau de commerce construit à Lorient en 1759 pour le compte de la Cie des Indes.  D’un port lourd de 600 tonneaux, cette classe de bâtiments était spécifiquement destinée au commerce avec le Bengale, son tirant d’eau réduit permettait de remonter le Gange pour se rendre au comptoir de Chandernagor. Construit en pleine guerre de sept ans, l’architecture de poupe présente déjà le cintre en forme de fer à cheval qui caractérisera vingt ans plus tard la marine de Louis XVI lors de la guerre d’Amérique.
Le vaisseau sera capturé par les Anglais en 1761 lors de son deuxième voyage vers les Indes, et suivant les habitudes Anglaises, avant une mise en service dans les rangs de la Royal Navy, les constructeurs dressaient un plan reprenant entre autre le volume de la coque, certains éléments de la charpente, la structure des ponts, les emménagements et l’ébauche du décor.
Jean Boudriot à saisi cette opportunité pour compléter son étude de la Compagnie des Indes en y ajoutant sa première monographie comprenant l’ensemble des plans de la charpente d'un tel vaisseau. La coopération avec Arthur Molle aura permis de valider par la pratique les dessins fournis par Jean Boudriot. Le résultat se passe de commentaire, le modèle aura fait rêver plus d’un modéliste.

La réalisation du Duc De Duras, autre vaisseau de la Cie des Indes découle directement de cette logique. Le modéliste en utilisant entre autre l’échelle du 36ème, le bois de poirier  laissé naturel combiné au métal noirci à l’acide, a adopté intégralement cette présentation  voulue par Arthur Molle, qui tout en étant simple est agréable à l'oeil, elle dégage une sensation de chaleur et donne l'envie de faire de même. 

 

     

     
La réalisation de l’artillerie en bronze implique l’application de techniques de moulage pour donner un rendu parfait de la mouluration et de l’ornementation.
La première étape de la fabrication reste néanmoins la réalisation d’un
« master »  de qualité, il peut se faire avec les matériaux de son choix, soit en une pièce ou par assemblage. Le canon de 24 £ a été réalisé par Marco Campi en utilisant du buis et le mortier de 12 £ de Henri Defresne est un assemblage de plusieurs pièces composé de diverses  matières.
Le moule unique du mortier est
réalisé dans une matière résistant à la température du bronze en fusion tandis que le moule du canon est à base d’élastomère et pourra servir pour faire une série de canons, réalisés ici en résine polyester teintée dans la masse pour donner un rendu parfait de l’original.

 

 

 

  Archéologie & Modélisme d'Arsenal

 

 

 

          

 

C’est en novembre 2003 que ce nouveau groupe se constitue officiellement en ASBL, sous la dénomination agrégée d’Amarsenal.

Les fondateurs en sont Julien Gémis, Jean-Louis Loward et Henri Defresne ; ce dernier en est l’actuel président.

L’association nouvelle reprend tout naturellement les finalités des Amis du Modèle d’Arsenal tout en se repositionnant dans ce type de modélisme, compte tenu de l’évolution qu’il a connue ces dernières années. Pour ce faire, notre groupement encourage de plus en plus ses membres à réaliser un modèle original, s’éloignant si possible du cadre strict des monographies de Jean Boudriot, qui ont été matérialisées à de nombreuses reprises tout en les exploitant en tant que base documentaire de référence.

 

     


En 1744, Blaise Ollivier propose le plan d’un vaisseau de ligne de 74 canons, percé à 14 sabords à sa batterie basse. La construction est approuvée et trois vaisseaux seront construits sur ces dimensions.

La reconstitution de ce vaisseau est basée sur le plan du Monarque, dressé par les Anglais après sa capture. Un plan provenant des archives danoises commun au Monarque, Sceptre et Intrépide a fourni la distribution des couples de levée. La mise en commun des deux plans est à la base du travail de Jean-Claude Lemineur qui nous a reconstitué un ensemble de plans et de dessins comportant entre autre l’échantillonnage de la plupart des pièces de la charpente.

La photo montre le Sceptre au stade de charpente apparente pour l'œuvre vive et bordé au dessus de la première préceinte. Mise en parallèle avec le modèle, une reconstitution du plan type à la française plus simple que les plans provenant du National Maritime Museum, nous montrent quand même les données de base tel que la distribution des couples de levées, le percement des sabords, la conduite des préceintes,  la disposition de l'éperon et l'emplacement des mâts.

 

     


Les sculpteurs travaillant dans les différents arsenaux ont réalisés de véritables petits chef-d’œuvres destinés à coiffer les modèles de prestige tel que le Dauphin Royal ou encore le Louis XV dont on voit ici la figure de proue.
La connaissance du sujet pa
sse par ces témoignages; ce sont des compléments indispensables pour réaliser le décor de son propre modèle avec un maximum de réalisme. Pour la seconde figures de proue, un dauphin accompagnant la figure principale représentant un guerrier romain. Le projet de décor du Fleuron*16 date de 1730 et est dû à Charles Philippe Caffiéri.

*16 - Issue de la Monographie du Fleuron par Gérard Delacroix. 
         Voir également le projet de décor du Fleuron  Réf. SHM D¹ 69, fº 34 ; MM Ph 73 70 et P 7371

 

     


Le tracé de la membrure réalisé par Etienne Piette et les dessins des emménagements par Edgard Jottay, donnent une dimension supplémentaire à la monographie de Jean Boudriot, ceci permettra une réalisation  originale du  modèle du Coureur.
Les deux vues montrent les emménagements arrière du lougre. D'un côté une perspective extraite du plan de capture du Coureur conservé au National Maritime Museum et de l'autre l'application de cette étude à la coque du modèle du lougre. En partie arrière, on aperçoit le carré des officiers, en avant de celui-ci au même niveau se situent les chambres du comandant et de son second, séparées par un sas permettant l'accès au pont. En avant, en contrebas au niveau de la pompe, se situe le plancher du maître valet équipé de deux  soutes et de quatre coffres. Une porte à coulisse percée dans la grande cloison arrière donne accès à la cale.

 

 

Diorama d’un chantier de construction tel qu’on pouvait le voir fin du 17ème siècle
La quille, l’étrave et l’arcasse sont mises en place. Deux files de lisses supportent les varangues de fond et leurs genoux. En avant et en arrière, les varangues acculées et fourcats des couples de levés sont également en position.
La quille n’est pas posé sur les tins en ligne droite comme on peut le voire ordinairement sur les constructions, certains constructeurs donnaient à la quille un bouge de haut en bas pour essayer de compenser l’arc qui se produit après le lancement à cause de la surcharge des extrémités avant et arrières du vaisseau.
L’arcasse comporte six pièces posées parallèlement à l'étambot, elles montent depuis la première barre d’écusson jusqu'à la lisse d'hourdis, ces orgues recevront le bordage d’écusson.

 

 

 

Pour conclure, que ce soit le navire au commerce qui est à l'origine de la prospérité de la nation ou qu'il soit de guerre, pour défendre la souveraineté de cette nation et protéger ce commerce. Ces activités ont donnée naissance à une marine aujourd'hui disparue, les modèles construits jadis dans les arsenaux ne peuvent plus être admirés, observés et étudié que dans les différents musés de la marine. 
 Jean Boudriot à travers son œuvre a rendu la connaissance accessible à tous les modélistes intéressés par cette marine disparue.
 Le regroupement en club ou en association donne l'entre aide indispensable pour mener à bien le projet qui se terminera normalement par la construction d'un modèle digne de ces réalisations issus jadis des ateliers des arsenaux.

 

 

               

 

© Amarsenal.be 2003-2007