Historique

 

 





















 

 


*1 - Minerve. Figure de proue en cire; Réf. MM 41.OA.297

 

 



Le décor des vaisseaux faisait partie intégrante de la logique de l'époque. La volonté des souverains d'affirmer par la richesse des ornements leur magnificence et la grandeur  de la nation, a vu son apogée lors du règne de Louis XIV.
On verra une réduction graduelle de cette ornementation coûteuse sous l'ancien régime. Cette tendance continua sous la révolution et l'empire. Au 19ème siècle sous la restauration, la décoration se limitait pratiquement  plus qu'à une figure coiffant la proue du vaisseau.

Ce décor jadis réalisé  dans les arsenaux,  nous fascine et c'est aujourd'hui certainement  un des facteurs qui attire le modéliste à pratiquer cette discipline reposante, valorisante mais également très exigeante qu'est le modélisme d'arsenal.

Figure de proue représentant une Minerve,*1 elle est attribuée à Jacques Etienne Collet et réalisée dans les ateliers de sculpture de Brest. Elle fait partie des chefs-d'œuvre qui ont été présentés au Musée de la Marine en 2003 à l'occasion de l'exposition
         "Les Génies de la Mer."

 

Le  Modèle d’Arsenal

 

L’origine du modèle d’arsenal remonte à la fin du 17ème siècle.*2 C’est sous l’impulsion de Colbert, alors ministre de la marine sous Louis XIV, qu’on retrouve les premières traces écrites traitant de Modèle d’Arsenal, servant à représenter les différents rangs de vaisseaux de guerre, ces modèles devaient faire office de référence aux nouvelles constructions.
Par la suite, le champ d’utilisation des modèles s’est élargi entre autre à la formation du personnel de l’arsenal et des gardes de la marine.
Certains modèles, dits de prestige ont servi à l’instruction des futurs dirigeants du royaume pour les familiariser à l’utilisation des vaisseaux de guerre au sein des armées navales.
 

*2 - Neptunia 186  Modèles et architecture navale par Jean Boudriot

 

Voici quelques exemples de modèles qu’on peut aujourd’hui admirer au Musée de la Marine. Construits jadis dans les différents arsenaux, ces exemples illustrent un siècle d’évolution dans l’art de la construction navale.

Ces pièces d’exception permettent d’approfondir et de compléter la connaissance de cette marine en observant les détails de leur réalisation et en les mettant en parallèle avec les écrits et les dessins d’époque.  

 

Le Royal  constitue probablement le plus vieux modèle d'arsenal qui nous soit parvenu. Ce modèle de vaisseau peut être daté du tout début du 18ème Siècle, il présente encore les caractéristiques de la marine de Louis XIV, sans rentrer trop dans les détails,  la charpente est encore à simple membrure et comporte encore une poupe carrée.
A remarquer ,  les bas seuillets des sabords se terminent extérieurement au niveau de la membrure, et pour finir un autre détail, le bossoir n'est plus soutenu par un arc boutant mais par une courbe de bossoir,
mais peut-être s’agit-il d’une modification postérieure à la fabrication dudit modèle….



Dans son livre Le trois pont du chevalier de Tourville, Jean Boudriot nous donne les plans d’un vaisseau de 74 canons montrant la charpente des différents ponts*3. Le document est daté de 1719 et nous montre un détail concernent le remplacement des courbes des ponts par trois rangs d’entremises, Jean Boudriot nous donne l’origine de cette démarche et fait la liaison avec le modèle du Royal*4. A cela on peut encore ajouter l’article que B. Ollivier concernant les entremises*5 où il donne les détails techniques de cette méthode qu'il à pu voir sur L'Ardent dont il suivait la construction en 1720 à Rochefort avec son père.
Autre information, il nous révèle que cette méthode a été utilisée par les constructeurs il y a environ 20 ans et comme finalement, elle n’a pas donné les résultats escompté
s, elle a été abandonnée en 1728.
Ces trois éléments réunis nous donnent un aperçu global d’une nouvelle méthode de liaison de la charpente des ponts confirmée par un document graphique, matérialisée par une réalisation sur un modèle et commentée en détail par un témoin présent sur le chantier de construction.
A contrario, et suivant un autre témoin d’époque, cette liaison qui, a été pratiquée sur L’Ardent, vaisseau de 64 canons construit en 1720 à Rochefort qui après avoir à été éprouvé au combat, aura donné toute satisfaction

*3 - Plan des pont d'un vaisseau de 74 can. Musée de la Marine Ph 177969
*4 - Neptunia 132  Le Royal  Modèle d'instruction de Rochefort  par Jean Boudriot
*5 - Traité de construction SHM 310 pg 377

 

Au 18ème siècle, sous l’impulsion de Duhamel du Monceau alors inspecteur général de la marine, est rassemblée au Louvre une première collection de modèles issus des arsenaux, traitant de la marine et de la construction navale.
 

Les vues suivantes montrent deux modèles de vaisseaux réalisés à grande échelle représentant uniquement la coque accastillée du navire avec intérieurement la réalisation de la charpente et des emménagements. Duhamel du Monceau a certainement du examiner le vaisseau de Pic et le vaisseau dit à  carrosse  alors qu'il œuvrait pour le compte de la marine.
Ils font aujourd'hui partie des modèles de référence pour les modélistes passionnés qui veulent s'adonner à cette pratique retrouvée.
 

Le vaisseau de Pic*6 est construit au 24ème et provient de l'arsenal de Rochefort où il a été réalisé en 1755.
Il se caractérise par sa finition couleur bois laissé naturel. Le décor est rehaussé par de la dorure sur fond bleu roi.
Cette vue plongeante de la poupe donne tous les détails de de la charpente de la plateforme de poulaine et du fronteau de coltis. Celui-ci comporte deux portes d'accès et deux sabords de chasse suivant les usages de Rochefort.

 


*6 - Neptunia 130  Un modéliste au XVIIIe siècle  par Jean Boudriot

 


Ce modèle de vaisseau construit au 24ème est certainement une des références pour l’architecture navale pendant la période Louis XV et même au delà pour certains aspects. Comme on le voit sur la photo, les différents planchers des ponts sont amovibles, ceci permet de voir la structure de la charpente intérieure. Appelé vaisseau à carrosse et répertorié 11 MG 5, ce modèle a été largement commenté par J. Boudriot*7.

Ci-dessous quelques observations concernant des détails de ce modèle permettant d’étendre les réflexions faites par Jean Boudriot.

L’avant fermé est une de ses caractéristiques principales et certainement à l’origine du modèle.

Le remplissage entre les préceintes est constitué par un bordage en retrait de 1 à 2 Po comme on peut le lire dans le dictionnaire de B. Ollivier. Les écarts des préceintes sont disposés horizontalement, ceci correspond à l’ancienne méthode d'assemblage.

La mise en place du carrosse est certainement antérieure et appuie une décision  ministérielle prise dans les années 1780.

En 1737 lors de la mission que Blaise Ollivier effectua en Angleterre, il observa à l'arsenal de Chatham une pratique qui consiste à supprimer la sortie de la galerie qu'il détaille dans ses remarques à l'article Voûte*8a  dans lequel il conclut préférer cette méthode à celle que nous suivons.
En France cette formule de tableau se voit pour la première fois sur le plan de L’Annibal construit à Brest en 1779. Cette charpente du tableau arrière est caractéristique de l’époque Sané.

La proue est percée de chaque côté d’un sabord de chasse et d’une porte donnant accès à la poulaine, cette pratique est en usage à Rochefort, A Brest et suivant B. Ollivier, les 2 sabords de chasse de la seconde batterie sont formés par les portes du fronteau de coltis et c'est seulement à partir du 80 canons qu'on perce également un sabord de chasse. Ces observations ont été vérifiées sur trois plans, celui de L'Alcide de 64 can. construit en 1741, sur Le Courageux de 74 can. construit en 1753 et sur Le Soleil Royal de 80 can. construit en 1748. Le modèle du Vengeur de 1200 tx construit en 1758 à Lorient pour la Compagnie des Indes et transformé en vaisseau de guerre en 1765 présente également cette caractéristique. Un changement intervient avec le modèle de L'Artésien dont la construction se termine en 1765, lequel est pourvu de sabords de chasse.

Jean Boudriot nous donne comme largeur des sabords à la première batterie 3 Pi 1 Po.
Blaise Ollivier préconise pour les sabords de 36 £, 2 Pi 10 Po et P Morineau dans son répertoire de construction donne 38 Po.
En 1762 les dimensions des sabords seront standardisées et on adoptera alors la largeur de 3 Pi 1 Po.
Les bas seuillets ont de largeur, l’épaisseur de la membrure plus celle du vaigrage et du bordage, par la suite le bordage couvrira le seuillet.

Le couple de coltis se termine en partie haute, entre la lisse de plat-bord et celle de rabattue, verticalement comme on peut le voir sur la plupart des plans verticaux qu’on trouve dans le Répertoire de Construction de P. Morineau.
B. Ollivier préconise l’ouverture du coltis, parce qu’on y trouve une sortie avantageuse pour l’abordage
*8b.

Contrairement au vaisseau de Pic, le vaisseau à carrosse n'est pas pourvu d'ouvertures dans ses flancs, par contre les différents ponts sont amovibles et permettent  d'apprécier la charpente et les emménagements intérieurs. En visionnant des dias de ce modèle prises par Jean Boudriot, on découvre un  vaigrage oblique au centre qui n’est pas placé selon l’explication habituelle qu'on retrouve dans les différents traités, mais en V renversé, ou en d'autres termes, les vaigres en partie haute regardent toutes vers le centre. Serait-ce un essai avant l'abandon définitif du vaigrage oblique? Autre particularité, sur les extrémités, ce vaigrage est complété par du vaigrage horizontal comme l'explique Pierre Morineau dans son traité de construction.*9

*7 - Neptunia 140  Un vaisseau "à carrosse" par Jean Boudriot
*8 - Remarques sur la marine Anglaise & Hollandaise (transcription par David H. Roberts)
        a)  Arsenal de Chatam article "Voûte "

        b) Voir la remarques sur "le Coltis" à l’arsenal de Chatham du même auteur.
*9 - Mémoire de la Construction des Vaisseaux - Des vaigres obliques -P. Morineau - (N.M.M. SPB 14)

 


L'Artésien*10 fait partie des 15 vaisseaux offerts au roi pour compenser les pertes subies durant la guerre de sept ans. Cette initiative est due au Duc de Choiseul devenu ministre de la marine. Il fut financé par les Etats d'Artois  et construit  à Brest en 1762 par Joseph Ollivier, ingénieur en chef de cet arsenal. En parallèle, lors de la construction du vaisseau, un modèle fût exécuté pour être présenté au Roi.
L'architecture et le décor de ce vaisseau de 64 canons sont représentatifs de la période allant de la fin de la guerre de sept ans à celle dite d'Amérique. Cela se traduit par un début d'uniformisation des dimensions principales des vaisseaux de 64, 74 et 80 canons et par la standardisation des proportions pour les sabords qui sont régis par le règlement de 1762.
Le décor de la poupe est caractérisé par le fer à cheval et les bouteilles à l'Anglaise.
A remarquer, la présence d’une demi dunette est toujours d’actualité, elle comporte trois portes vitrées, le tableau n’étant pas pourvu de fenêtres. En outre un coffre est installé à avant contre chaque bord.
Derrière le capot de l'échelle d'état-major se trouve un instrument servant à donner la position du gouvernail.
Dans le traité de construction, Blaise Ollivier donne une description détaillée de cet élément sous la rubrique oiacométre*11, appareil servant à matérialiser le déplacement du gouvernail et précise que sa première utilisation remonte à 1727. Le modèle de L'Artésien construit plus de 30 ans après par son fils, montre ce accessoire qui est installé derrière le capot de l'échelle d'état-major.

*10 - Neptunia 143  L'Artésien, vaisseau de 64 can. par Jean Boudriot
*11 - Voir également le terme "Axiomètre" dans l'Encyclopédie Méthodique Marine publié pratiquement 60 ans plus tard.

 

Le début du 19ème siècle voit le jour du premier musée de la marine, les ateliers de modélisme dans les arsenaux reçoivent des commandes spécifiques pour représenter les différents types de navires alors en service actif dans la marine.
 

 

 

  
La Lionne fait partie d'une série de modèles ayant été construits pour représenter l'ensemble des vaisseaux de ligne et autres bâtiments de bas-bord en usage dans la marine Impériale.
Ce modèle représente une gabare de 380 tonneaux, elle fait partie d'une série de 11 bâtiments construits sur un plan unique par l'ingénieur Pestel en 1811 et 1812.   *12
On remarque le changement de style d'exécution de cette série de modèles. Elle se caractérise par l'utilisation de différentes d'essences de bois laissé naturel avec incrustation d'ivoire pour la réalisation du décor. Pour la carène on retrouve du cuivre, du laiton et du plomb. La mature est généralement grée à sec.

*12 - Voir la monographie du Gros Ventre de Gérard Delacroix

 

L’industrialisation et l’évolution technologique vont bouleverser les marines de guerre, la charpente en bois est progressivement remplacée par des structures en acier, la propulsion à voile cède progressivement la place à la vapeur et les canons à âme lisse associés au boulet plein sont remplacés par les canons rayés et les obus explosifs.
La technique de construction des modèles en charpente de cette ancienne marine va sombrer dans un sommeil profond.
L’évolution de la construction navale a amené tout naturellement les arsenaux de la marine à représenter des modèles issus de cette nouvelle technologie pour la promouvoir.
La pratique du modélisme représentant cette marine disparue, se limitait depuis lors plus qu' à montrer l’aspect extérieur de la coque munie de son gréement.
 

 

               

 

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